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Universite´ Lille 1 - Sciences et Technologies

2014 : Les peintures murales de l’Institut des Sciences Naturelles (18 février) [F.Meilliez]

mardi 10 juin 2014

Les peintures murales de l'Institut des Sciences Naturelles

 Faculté des Sciences de Lille : marqueurs scientifiques et sociologiques (1895-1933) (sortie du 18 février)

Par Francis Meilliez (1), Francis Amédro (2), Thierry Oudoire (3) et Alain Blieck (1)
(1) Université des Sciences et Technologies de Lille 1, UMR 8217 CNRS, SN5-Sciences de la Terre, 59655 Villeneuve d’Ascq cedex.
(2) 26 rue de Nottingham, 62100 Calais et Université de Bourgogne, UMR 8262 CNRS, Biogéosciences, 6 boulevard Gabriel, 21000
(3) Musée d’Histoire naturelle de Lille, 19 rue de Bruxelles, 59000 Lille.

A Lille, les rues de Bruxelles, Malus, Claude Bernard et Gosselet encadrent un des bâtiments construits par la Ville de Lille en 1895 pour être mis à la disposition de la jeune Faculté des Sciences, intégrée en 1896 dans l’Université de Lille avec les autres Facultés. En plan, ce bâtiment a une forme en E dont le montant longe la rue de Bruxelles et abrite les actuelles présentations permanentes du Musée d’Histoire Naturelle. La barre supérieure du E (rue Malus) abritait la Botanique et notamment, au dernier étage, des serres qui ont été soufflées le 18 janvier 1916 avec le stock de munitions des Dix-Huit Ponts. La barre médiane initialement dévolue à la Zoologie, abrite les bureaux nécessaires à la gestion du Musée. La barre inférieure qui abritait la Géologie, héberge aujourd’hui la Maison Régionale de l’Environnement et des Solidarités. Cette barre inférieure longe la rue Gosselet qui, en 1895, n’était qu’une extrémité de la rue Brûle-Maison. Au-dessus de la porte d’entrée, les frontons portent les inscriptions « Université de Lille », « Faculté des Sciences » et « Institut des Sciences Naturelles ».

Le 30 avril 1896, la Société de Géographie visite l’ensemble des bâtiments de la nouvelle Faculté des Sciences, sous la conduite de Jules Gosselet, le doyen du moment. Cantineau et Godin (1897) ont rendu compte en détail de cette visite, décrivant les pièces visitées l’une après l’autre. Mais ils ne mentionnent pas les peintures murales qui, aujourd’hui, ornent les murs de la cage d’escalier au rez-de-chaussée et au 1er étage. Nous supposons donc que ces peintures ont été réalisées après la mise en service du bâtiment.

Ces peintures représentent cinq cartes géologiques. Le territoire que couvrait l’Académie de Lille jusqu’en 1968 comportait cinq départements : Nord, Pas-de-Calais, Somme, Aisne, Ardennes. Les trois premiers sont représentés sur une très grande carte (10,40m x 4,5m) et chacun des deux autres sur une carte spécifique au 1er Bulletin de l’A.S.A. Page 3 printemps 2014 étage. Le mur du rez-de-chaussée est décoré d’une grande carte du Massif Primaire (Paléozoïque) de l’Ardenne.
Le petit mur du palier constitue le cadre parfait pour représenter le bassin houiller.
Les trois premières cartes illustrent l’état de la connaissance géologique en fin du XIXe siècle. La logique de l’empilement des couches sédimentaires est dans l’ensemble bien comprise. Le tracé des principaux cours d’eau permet de se faire une idée sommaire du relief et donc de comprendre pourquoi les limites des couches sont -* représentées de façon aussi contournée. Mais un examen de détail laisse apparaître ici ou là une incohérence trahissant une observation encore insuffisante. En effet, dans la nature les terrains sont très largement recouverts de cultures, de forêts, d’espaces urbanisés. La carte géologique rend donc compte d’un état de la compréhension de la logique géologique plutôt que d’une identification point par point des affleurements rocheux. Dans l’ensemble, les grands traits de la carte géologique régionale n’ont pas changé depuis la réalisation de ces peintures. Et il faut en particulier attirer l’attention sur la carte géologique détaillée représentée dans la traversée du Détroit du Pas-de-Calais (photo cicontre), à la suite d’une campagne de prospection et d’échantillonnage menées entre 1875 et 1877. Cette carte est la plus ancienne carte géologique sous-marine qui soit connue au monde. Les travaux de reconnaissance menés un siècle plus tard avant le percement définitif du tunnel sous la Manche n’ont fait que préciser des détails sur la géologie.
La carte de l’Ardenne ne représente que les terrains du socle géologique, témoins d’une ancienne chaîne de montagnes large d’environ 1000 km et longue de plusieurs milliers de kilomètres, aujourd’hui partagée entre les Appalaches et le Kazakhstan. Mais ce tronçon européen est un témoin du développement de la connaissance géologique. De nombreuses localités y sont portées dont le nom a servi à désigner les étages géologiques, c’està-dire les terrains accumulés durant une certaine tranche de temps : Gédinne (Gedinnien), Givet (Givetien), Frasnes (Frasnien), Famenne (Famennien), Dinant (Dinantien), Visé (Viséen), Namur (Namurien), Tournai (Tournaisien), … Même si les réalités que désignaient ces noms ont aujourd’hui été affinées ou modifiées, ou que le nom ait perdu son sens par choix d’un autre site de référence dans le monde, il n’en reste pas moins que cette carte marque un moment de l’histoire des sciences. Gosselet et ses collègues ont en effet compté parmi les concepteurs de la Géologie, et certains de ces noms sont aujourd’hui encore une référence universelle.

Enfin la carte du bassin houiller est la première synthèse régionale. Il faut rappeler que les sociétés minières étaient privées, donc concurrentes pour acquérir des concessions d’exploitation. De plus le bassin houiller est totalement souterrain. Réaliser une telle carte est donc, encore davantage que pour les autres cartes géologiques, élaborer un concept : c’est purement une représentation intellectuelle de la façon dont les auteurs pensaient l’architecture interne du gisement. La date de 1922 que porte cette carte nous apprend que le dessin de cette carte est antérieur à la première publication scientifique qui en donnait l’explication (Barrois, Bertrand et Pruvost, 1924). A côté de cette peinture, le bassin houiller a aussi été l’objet d’un travail exceptionnel. En 1905, un ingénieur a eu l’idée de construire un modèle réduit du bassin houiller en reproduisant sur une plaque de verre une coupe géologique transversale au gisement, à partir des sondages et observations réalisées lors des travaux souterrains. Il a dessiné une soixantaine de coupes géologiques sommairement parallèles, distantes d’environ 1 km l’une de l’autre. Ces plaques ont été assemblées par 8 et montées sur des tables en bois fabriquées pour la circonstance, couvertes d’une plaque de verre sur laquelle ont été peints quelques éléments d’identification : localités, routes, rivières, limites de concessions minières, fosses. L’une de ces tables est exposée à l’intérieur du Musée d’Histoire Naturelle, dans la galerie de géologie. Les autres viennent d’être retrouvées et font l’objet d’un travail universitaire. Elles devraient être regroupées et faire l’objet d’un projet de valorisation.

La carte du bassin houiller est la seule qui soit bien datée ; elle a été retouchée en 1933. La grande carte des trois départements Nord, Pas-de-Calais, Somme a été refaite sur toile, marouflée sur le mur huilé. En effet, l’explosion des Dix-huit Ponts avait endommagé le mur de telle sorte que le Conseil municipal de Lille a pris la décision de le reconstruire en 1921. Le travail, effectué par Gaston Molière, peintre-décorateur habitant rue de Valmy, a été réalisé en 1922. Un arrêté du Président de la République a enfin autorisé le conseil municipal à imputer la dépense aux dommages de guerre (1922). Les dates de réalisation des autres cartes ne sont pas connues. Les trois cartes des cinq départements de l’Académie présentent la même facture ; elles ont été réalisées entre la fin de 1896 (cf visite de la Société de Géographie) et 1908 au vu des contenus géologiques représentés ou absents. Les cartes du bassin houiller et de l’Ardenne présentent la même facture. Mais sont elles contemporaines pour autant ? De nouvelles investigations sont à mener, notamment dans la presse quotidienne car un tel événement a dû être souligné. Il est curieux de constater que la Société géologique du Nord, qui se réunissait de une à deux fois par mois dans ces locaux, n’en mentionne nulle part l’existence.
Au-delà de la portée scientifique des représentations, les valeurs sociologique et historique de ces peintures sont indéniables. A l’époque du scientisme triomphant, au moment où certains sont convaincus que la science est porteuse d’un progrès qui va améliorer la vie des populations, mais aussi à une époque de montée des nationalismes, les valeurs d’universalité que symbolise la coopération scientifique sont un peu contradictoires avec la situation de concurrence industrielle et de compétition nationale. La Société géologique du Nord, fondée en 1870 par Gosselet et ses premiers élèves et amis, prépare un Mémoire qui met en perspective le travail accompli avec le recul d’aujourd’hui. Ce Mémoire devrait être publié durant le premier semestre 2014. Il explore entre autres les conditions dans lesquelles la Ville de Lille, l’Université, les sociétés savantes, les industriels fonctionnaient, se complétant les uns les autres. Aujourd’hui, le cadre de certaines institutions évolue (les collectivités territoriales, le monde associatif, les entreprises, la société civile), les modes de coopération évoluent aussi et ont à se situer entre une mondialisation qui s’est installée progressivement et de réels besoins locaux à reformuler et auxquels répondre. S’interroger sur les peintures murales et les tables de verre du bassin houiller n’est pas se réfugier dans le passé, mais c’est se poser la question de la capacité d’anticipation de nos aïeux lorsqu’ils construisaient le monde dans lequel nous évoluons, et par là, se poser la question de notre propre capacité à anticiper l’avenir de nos petits-enfants dans le monde que nous déterminons aujourd’hui.

Références citées

BARROIS Ch., BERTRAND P. et PRUVOST P. (1924). – Nouvelle carte paléontologique du bassin du Nord.
Revue de l’Industrie Minérale, 86 (1ère partie, Mémoires) : 353-361.
CANTINEAU E. & GODIN O. (1897).- Visite à l’Université de Lille en 1896 (30 avril) : Description, Histoire, Statistique. Bulletin de la Société de Géographie de Lille, XXVII : 191-201 (partie 1), p. 260-270 (partie 2).


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