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Universite´ Lille 1 - Sciences et Technologies

Waterloo et Nivelles

vendredi 12 juin 2015

Une journée à Nivelles et Waterloo (Belgique)

23 juin 2015

En passant par Nivelles, l’ASA a gagné Waterloo (Mardi 23 juin 2015)

Sur le coup des 7 heures, une violente averse nous surprend sur la route des Quatre Cantons, point de départ de notre excursion. Elle laisse une double impression : d’une part, nous songeons au début d’une journée luvieuse et monotone, ce qui ne sera pas le cas ; en effet, les prévisions des météorologistes français et belges annonçant une amélioration et un retour du soleil dans l’après-midi se révèleront exactes. D’autre part, cela nous fait songer aux fortes pluies de la nuit du 17 au 18 juin 1815, sur le futur champ de bataille de Waterloo, contraignant les soldats à bivouaquer dans des conditions difficiles et décidant Napoléon à engager tardivement le combat, car les sols détrempés gênaient le déplacement des canons.
Mais avant d’arriver à 1815, respectons la chronologie avec un détour par le Moyen Âge que nous propose la visite de la collégiale Sainte- Gertrude de Nivelles (photo ci-contre). La visite de cet édifice est l’occasion de mêler architecture religieuse et histoire de la période mérovingienne, pour laquelle nos deux guides ont su, avec beaucoup de compétences, au mieux rafraîchir pour certains auditeurs des connaissances passablement oubliées et, à vrai dire pour la plupart d’entre nous, faire découvrir des épisodes totalement ignorés.

Nivelles : La collégiale

Parler de la collégiale signifie remonter à Pépin de Landen, dit aussi Pépin l’Ancien, maire du palais du roi d’Austrasie Dagobert Ier, qui devient en 629 roi des Francs. Pépin l’Ancien possédait, entre autres, un vaste domaine (environ 7 200 ha) aux environs de Nivelles ; marié à Itte, noble originaire d’Aquitaine, il a trois enfants : Grimoald, Begga et Gertrude. Devenue veuve (640), Itte entre en religion et, à l’instigation de saint Amand, fonde un monastère à Nivelles. Sa fille Gertrude la rejoint au monastère, dont elle devient l’abbesse. Sa soeur Begga, mariée à Ansegisel, est à l’origine de la dynastie des Carolingiens, par son fils Pépin le Jeune, père de Charles Martel, grand-père de Pépin le Bref et, finalement, arrière-grand-père de Charlemagne.
Gertrude s’implique fortement dans le développement du monastère, dans l’étude des textes sacrés, avec l’aide de moines irlandais dont saint Feuillien, à qui elle donne des terres à Fosses où il crée un monastère. Diminuée par les jeûnes qu’elle s’est imposée, Gertrude décède en 659 et est rapidement sanctifiée. Ses restes sont enterrés dans l’église abbatiale Saint-Pierre, qui prend le nom d’église Sainte-Gertrude. Le culte de sainte Gertrude se répand dans tout le Brabant, puis au-delà, suscitant la venue de nombreux pèlerins, qui sont à l’origine du développement et de la prospérité de la ville de Nivelles.
L’église initiale est transformée en une collégiale romane, consacrée en 1046 en présence d’Henri III, empereur du Saint-Empire romain germanique, et de Wazon, l’évêque de Liège. À la fin du XIIe siècle, est ajouté un avant-corps de style roman tardif. La construction est achevée au XIIIe siècle par l’aménagement du cloître sur le côté nord de l’édifice. Selon la tradition carolingienne, la collégiale a un plan bicéphale, c’est-à-dire qu’elle possède deux choeurs : à l’est, le choeur principal et, à l’ouest, un choeur utilisé lors des grandes fêtes. L’ensemble se caractérise par des dimensions imposantes : plus de 100 m d’un choeur à l’autre, plus de 44 m au transept ; quant au clocher, sa pointe s’élève à 50 m. L’évolution du monastère est marquée par un changement dans le recrutement des religieuses : à partir du XIIIe siècle, les moniales sont remplacées par des chanoinesses, ce qui finit par amener un étiolement de la vie religieuse telle que l’avait conçue Gertrude. À la fin du XVIIIe siècle, l’invasion française met un terme à la vie monastique à Nivelles et la collégiale devient une église paroissiale.

Nivelles : La collégiale

Dans le fond de la collégiale, on voit le « char du tour » : il s’agit d’un char du XVe siècle servant à porter la châsse de Gertrude, lors de la célébration annuelle du « Tour de sainte Gertrude » ; ce tour, dont l’origine remonte au XIIIe siècle, d’une longueur de 14 km, se déroule le dimanche suivant la Saint-Michel, patron de la ville.
La collégiale a été bombardée par l’aviation allemande, le 14 mai 1940, et gravement endommagée. L’édifice que nous visitons est donc la collégiale restaurée (1948-1984), ce qui explique la bonne qualité des matériaux, la présence de vitraux modernes et la sobriété de la décoration intérieure, constituée notamment par des sculptures de Laurent Delvaux (1696-1778).
La châsse renfermant les reliques de sainte Gertrude, joyau de l’art gothique, a été détruite par l’incendie de 1940 ; elle a été remplacée par une chasse contemporaine (1982), oeuvre de l’artiste Félix Roulin. Construite en acier inoxydable et décorée en argent et en bronze, cette châsse comporte des décors qui représentent des objets
du XXe siècle (clé à molette, décapsuleur, etc.).
Nous terminons la visite par une descente à la crypte, où une panne d’électricité due aux orages, qui ont sévi sur Nivelles la veille, ne permet pas de bien voir l’emplacement original des reliques de la sainte ; nous pouvons néanmoins admirer l’église souterraine datant du XIe siècle, qui a été restaurée à la fin du XIXe siècle. En sortant, pour reprendre le car, nous pouvons apercevoir, en levant la tête, le jacquemart, dénommé Jean de Nivelles, qui est suspendu au dernier tambour de la tourelle sud qui flanque l’avant-corps de la collégiale.
Arrivés à 11 heures à Waterloo, nous entamons la visite du tout récent mémorial de la bataille. Muni d’un audio-guide, chacun peut parcourir à son rythme les galeries qui présentent les principaux aspects de la bataille. L’évènement est replacé dans son contexte historique, celui de l’Empire, de l’exil à l’île d’Elbe, du retour et des Cent-Jours, du Congrès de Vienne et de la politique des coalisés. Des mannequins permettent de découvrir les uniformes des différents belligérants, de voir les équipements et armements des fantassins, cavaliers, artilleurs, etc. Le clou de la présentation est, sans conteste, le film en trois dimensions résumant la bataille et qui va même jusqu’à ajouter une quatrième dimension en faisant vibrer l’estrade pour évoquer charges de cavalerie et tirs d’artillerie. La visite porte aussi sur « l’après-bataille », c’est-à-dire le bilan en tués, blessés, « prises de guerre » des vainqueurs, communiqués de victoire, etc.
Tout cela débouche sur une trêve bienvenue : le repas, pris au Wellington Café, installé au pied de la butte du Lion (photo ci-contre). Ce monument, inauguré en 1826, a été édifié à la demande du roi des Pays-Bas Guillaume Ier qui voulait rappeler l’endroit où son fils, le prince Frédéric d’Orange-Nassau, avait été blessé au soir de la bataille. La butte est un cône de terre culminant à 41 m surmonté d’un lion de bronze de 28 tonnes, réalisé dans les forges de John Cockerill à Seraing, près de Liège. Pour prendre les quelque 300 000 m3 de terre nécessaires à la construction de la butte, il a fallu aplanir les terrains voisins et donc modifier l’allure du champ de bataille dans ce secteur. Le lion symbolise, à la fois, la victoire et le nouveau royaume des Pays-Bas ; sa gueule ouverte est tournée vers la France et sa patte posée sur un boulet rappelle que la victoire a apporté la paix à l’Europe.
Notre menu est intitulé Repas du Grognard… Comme dans tous les repas de l’ASA, c’est un moment de convivialité apprécié de tous ; l’occasion de se restaurer tout en évoquant la journée en cours, des voyages récents ou déjà programmés, des amis communs, de prendre des nouvelles des uns et des autres, etc.
Sitôt le repas achevé, nous sommes d’attaque pour le programme de l’après-midi qui prévoit la visite de quelques hauts lieux de la bataille. Divisés en deux groupes, nous suivons deux guides qui ont su captiver notre attention par leur excellente connaissance des événements, leur passion communicative pour le passé et la révélation de détails intéressants.

Le musée Wellington

Nous nous rendons d’abord au musée Wellington (photo ci-contre), installé dans l’ancien relais de poste aux chevaux de Waterloo, où le duc de Wellington avait établi son quartier général. Le commandant en chef des armées alliées y passe les nuits des 17 et 18 juin 1815 et y rédige son communiqué de victoire. Les salles présentent des objets ayant appartenu au duc, évoquent les diverses armées présentes sur le champ de bataille, y compris l’armée française. Une salle est dédiée aux agglomérations portant le nom de Waterloo dans le monde, dont la plupart se situent, sans surprise, dans les anciennes colonies britanniques. Dans le cadre du bicentenaire de la bataille, le musée présente une exposition intitulée « Napoléon-Wellington : destins croisés » ; mais sa visite n’est pas comprise dans notre forfait. Retenons simplement qu’en 1815, ils avaient tous les deux le même âge : 46 ans.
Nous gagnons ensuite la ferme du Caillou, située à 5 km au sud de la butte de Waterloo. C’est là que Napoléon avait fixé son quartier général : il y passe la nuit du 17 au 18 juin et y peaufine son plan de bataille. La ferme comporte un petit musée : on peut y voir des armes, des gravures, le lit de camp de l’empereur, la table où il déploya ses cartes etc.
L’idée de Napoléon était de rééditer ses exploits de la campagne de France de 1814 en affrontant successivement les armées alliées ; il devait donc empêcher les deux armées de Wellington et de Blücher, qui se trouvaient alors en Belgique, de se rejoindre. Dans cette optique, le 16 juin, il attaque les Prussiens à Ligny et contraint Blücher à reculer, mais n’obtient pas le succès décisif espéré ; il lance tardivement le maréchal Grouchy à leur poursuite. Ce même 16 juin, le maréchal Ney et Wellington s’affrontent aux Quatre-Bras : aucun des deux ne prend un avantage probant ; mais, informé du repli de Blücher, Wellington décide alors de se replacer vers le nord, à Waterloo, où il s’installe sur des positions qu’il fait fortifier. Pour notre guide, le 18 juin, Napoléon n’est pas en grande forme physique, il connaît mal les positions exactes de Wellington, il ignore où se trouvent véritablement Blücher et Grouchy, il néglige les conseils du maréchal Soult qui a affronté Wellington en Espagne, et engage tardivement la bataille. Quand les Français réussissent enfin à percer le centre anglais, Napoléon ne peut envoyer les renforts nécessaires pour exploiter cet avantage, car les Prussiens, qui ont échappé à Grouchy, viennent de faire leur apparition sur son flanc droit. Dès lors, la bataille est perdue, et la garde se sacrifie pour permettre une retraite, qui prend des allures de déroute face à la cavalerie prussienne : Napoléon lui-même doit abandonner sa berline, pour fuir à cheval… Seul Grouchy, qui n’a pas participé à la bataille de Waterloo réussit à se retirer en bon ordre et ramène son armée intacte en France.

Waterloo _ La butte du Lion

Puis, nous revenons au pied de la butte du Lion pour voir le panorama de la bataille, réalisé en 1912 par Louis Dumoulin, peintre de la marine française. Abrité dans une vaste rotonde, ce panorama impressionne par ses dimensions : 110 m de long sur 12 m de haut ; il se compose, en effet, de 14 bandes de toiles cousues. Il résume les affrontements qui se produisirent vers 18 heures, et il est difficile d’en saisir tout l’intérêt sans les explications de nos guides en raison du grand nombre de soldats et de chevaux représentés. À noter que les soldats ont été représentés en tenue d’apparat et non en tenue de combat, ce qui contribue à enjoliver les scènes représentées.
Enfin, nous terminons notre visite par la ferme d’Hougoumont. Cette ferme constituant un avant-poste, à la droite du dispositif de Wellington, a été le théâtre de sanglants combats. Les Britanniques en avaient fait une véritable forteresse en perçant des meurtrières dans les bâtiments de la ferme et des murs ceinturant le jardin adjacent. De plus, les attaquants français devaient d’abord traverser un bois, aujourd’hui disparu, avant de venir butter sur les murs de la ferme. L’attaque de la ferme d’Hougoumont, qui devait être pour les Français une attaque de diversion, est devenue un abcès de fixation qui a provoqué des pertes importantes et bloqué leur avancée dans ce secteur. Pourquoi n’ont-ils pas utilisé leur artillerie contre cet obstacle ? Voilà une question, parmi tant d’autres, que nous nous posons : en effet, même quand on connaît l’issue des combats, on se prend à jouer les apprentis tacticiens…
De cette visite du champ de bataille de Waterloo, on peut retenir trois éléments :
- Incontestablement, Napoléon a perdu la bataille. Cette défaite met un terme à l’Empire et aux épisodes glorieux qui l’ont marqué. Napoléon prend le chemin de l’exil à Sainte-Hélène ; Wellington, auréolé de sa victoire, abandonne la carrière militaire pour une carrière politique. Pourtant, deux siècles plus tard, c’est bien Napoléon qui continue de fasciner et d’être un inépuisable sujet d’écriture, à en juger le nombre d’ouvrages qui paraissent chaque année sur lui.
- Dans une défaite, il est de tradition de trouver un personnage qui, par son héroïsme ou des paroles sentencieuses, est censé avoir sauvé l’honneur. Dans le cas de Waterloo, les Français ont trouvé ce héros en la personne du général Cambronne ; à vrai dire, il est quasiment certain qu’il n’a pas prononcé la célèbre phrase « La garde meurt, mais ne se rend pas », pas plus que le mot laconique, mais expressif, qui lui est attribué. Mais l’orgueil national s’est réfugié dans l’une ou l’autre de ces formules pour accepter, bon gré mal gré, la défaite.
- Nos voisins belges ont su tirer profit de la bataille qui s’est déroulée sur leur sol pour engranger les bénéfices d’un tourisme de mémoire, qui se traduit notamment, chaque année, par une reconstitution des principaux épisodes de la bataille. En 2015, ils se sont dépassés en organisant les cérémonies du bicentenaire qui ont rassemblé 60 000 spectateurs et 8 000 figurants. Chacun d’entre nous a pu voir à la télévision de magnifiques images de ce 18 juin 2015.

Alain BARRE


Waterloo ! Waterloo ! morne plaine !
Comme une onde qui bout dans une urne trop pleine,
Dans ton cirque de bois, de coteaux, de vallons,
La pâle mort mêlait les sombres bataillons.
D’un côté c’est l’Europe, de l’autre la France !
Choc sanglant ! des héros Dieu trompait l’espérance
Tu désertais, victoire, et le sort était las.
O, Waterloo ! je pleure, et je m’arrête, hélas !
Car ces derniers soldats de la dernière guerre
Furent grands ; ils avaient vaincu toute la terre.
Chassés vingt rois, passé les Alpes et le Rhin,
Et leur âme chantait dans les clairons d’airain !

Le soir tombait ; la lutte était ardente et noire.
Il avait l’offensive et presque la victoire ;
Il tenait Wellington acculé sur un bois.
Sa lunette à la main, il observait parfois
Le centre du combat, point obscur où tressaille
La mêlée, effroyable et vivante broussaille,
Et parfois l’horizon, sombre comme la mer.
Soudain, joyeux, il dit : Grouchy ! - C’était Blùcher !
L’espoir changea de camp, le combat changea d’âme.
La mêlée en hurlant grandit comme une flamme.
La batterie anglaise écrasa nos carrés.
La plaine où frissonnaient les drapeaux déchirés,
Ne fut plus, dans les cris des mourants qu’on égorge,
Q’un gouffre flamboyant rouge comme une forge ;
Gouffre où les régiments, comme des pans de murs,
Tombaient, ou se couchaient comme des épis mûrs,
Les hauts tambours-majors aux panaches énormes,
Où l’on entrevoyait des blessures difformes !
Carnage affreux ! moment fatal ! L’homme inquiet
Sentit que la bataille entre ses mains pliait.
Derrière un mamelon, la garde était massée,
La garde, espoir suprême et suprême pensée ! -
Allons, faites donner la garde, cria-t-il ! -
Et lanciers, grenadiers aux guêtres de coutil,
Dragons que Rome eût pris pour des légionnaires,
Cuirassiers, canonniers qui traînaient des tonnerres,
Portant le noir colback ou le casque poli,
Tous, ceux de Friedland et ceux de Rivoli,
Comprenant qu’ils allaient mourir dans cette fête, ,
Saluèrent leur Dieu debout dans la tempête,
Leur bouche, d’un seul cri, dit : "Vive l’Empereur ! "
Puis, à pas lents, musique en tête, sans fureur,
Tranquille, souriant à la mitraille anglaise,
La garde impériale entra dans la fournaise.

Hélas ! Napoléon, sur sa garde penchée,
Regardait et, sitôt qu’ils avaient débouché
Sous les sombres canons crachant des jets de soufre,
Voyait, l’un après l’autre, dans cet horrible gouffre,
Fondre ces régiments de granit et d’acier,
Comme fond une cire au souffle d’un brasier.
Ils allaient, l’arme au bras, fronts hauts, graves, stoïques
Pas un ne recula. Dormez, morts héroïques !
Le reste de l’armée hésitait sur leurs corps
Et regardait mourir la garde. - C’est alors
Qu’élevant tout à coup sa voix désespérée,
La Déroute géante à la face effarée,
Qui, pâle, épouvantant les plus fiers bataillons,
Changeant subitement les drapeaux en haillons,
A de certains moments, spectre fait de fumées,
Se lève grandissant au milieu des armées,
La Déroute apparut au soldat qui s’émeut,
Et, se tordant les bras, cria : Sauve qui peut !
Sauve qui peut ! affront ! horreur ! toutes les bouches
Criaient ;à travers champs, fous, éperdus, farouches,
Comme si quelque souffle avait passé sur eux,
Parmi les lourds caissons et les fourgons poudreux,
Roulant dans les fossés, se cachant dans les seigles,
Jetant shakos, manteaux, fusils, jetant les aigles,
Sous les sabres prussiens, ces vétérans, ô deuil !
Tremblaient, hurlaient, pleuraient, couraient. - En un clin d’œil
Comme s’envole au vent une paille enflammée,
S’évanouit ce bruit qui fut la grande armée.

Et cette plaine, hélas ! où l’on rêve aujourd’hui,
Vit fuir ceux devant qui l’univers avait fui !
Quarante ans sont passés, et ce coin de la terre,
Waterloo, ce plateau funèbre et solitaire,
Ce champ sinistre où Dieu mêla tant de néants,
Tremble encore d’avoir vu la fuite des géants !
Napoléon les vit s’écouler comme un fleuve ;
Hommes, chevaux, tambours, drapeaux ; - et dans l’épreuve
Sentant confusément revenir son remords,
Levant les mains au ciel, il dit : « Mes soldats morts,
Moi vaincu ! mon empire est brisé comme verre.
Est-ce le châtiment cette fois, Dieu sévère ? »
Alors parmi les cris, les rumeurs, le canon, ,
Il entendit la voix qui lui répondait : non !

Victor Hugo (Les chatiments : L’expiation II)


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