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Introduction au voyage en Turquie : les querelles byzantines

jeudi 9 mai 2019 par Bernard POURPRIX

 

Introduction au voyage en Turquie :


les querelles byzantines



Bernard Pourprix


D’un voyage en Turquie, on revient avec des souvenirs inoubliables d’Istanbul, de la Cappadoce, des derviches tourneurs, etc. Mais un voyage en Turquie, c’est aussi un voyage dans l’histoire, et notamment l’histoire de l’Empire byzantin, et de ses relations étroites avec la chrétienté. Bof ! répondront les pourfendeurs des voyages culturels et autres mécréants. Mais c’est oublier que les relations conflictuelles entre Rome et Byzance ont grandement influé sur le développement de la civilisation européenne.

Ce petit aide-mémoire sur les querelles christologiques dans l’Empire byzantin peut être utile quand on a perdu le fil des explications du guide. Pour l’établir, je me suis servi de l’excellent livre de Georges Ostrogorsky, Histoire de l’Etat byzantin, Payot, 1956, 1996 (3ème édition). Les amateurs de querelles byzantines, particulièrement nombreux dans le monde universitaire, ne devraient pas être déçus !




Petit aide-mémoire sur les

querelles christologiques dans l’Empire byzantin


L’arianisme. Arius, prêtre d’Alexandrie, nie la divinité du Christ, car il estime que l’égalité du Père et du Fils est incompatible avec le monothéisme. Le premier concile oecuménique de Nicée (325), convoqué et dirigé par l’empereur Constantin, condamne l’arianisme et définit le Fils comme étant consubstantiel au Père, de même essence que Lui.

Le nestorianisme. Se pose ensuite la question des rapports entre le principe divin et le principe humain dans le Christ. Nestorius, patriarche de Constantinople, propage la doctrine de l’école théologique d’Antioche, selon laquelle le Christ juxtapose en lui deux natures séparées. A l’opposé, Cyrille, patriarche d’Alexandrie, défend la doctrine d’un Homme-Dieu en qui se sont unies la nature divine et la nature humaine. Rome prend son parti, et le troisième concile oecuménique d’Éphèse (431) condamne le nestorianisme.

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Troisième concile d’Éphèse. Lyon, basilique de Fourvière

Le monophysisme. A Constantinople, l’archimandrite Eutychès affirme que, après l’incarnation, les deux natures du Christ n’ont plus fait qu’une seule nature divine (monophysisme). Le synode patriarcal de Constantinople condamne Eutychès comme hérétique. Le pape Léon Ier se déclare d’accord avec Constantinople et énonce le principe qu’il faut, même après l’incarnation, distinguer dans l’unique personne du Christ deux natures parfaites. Le quatrième concile oecuménique de Chalcédoine (451) condamne le monophysisme ; il affirme le dogme des deux natures parfaites, inséparables mais inconfusibles, du Christ. Cependant le monophysisme perdurera plusieurs siècles, surtout dans les provinces orientales de l’empire byzantin.

Le monothélisme. Sous l’empereur Héraclius, le patriarche Serge, cherchant à restaurer la paix dans l’Eglise, s’appuie sur une doctrine venant des provinces orientales monophysites, celle d’une seule énergie dans le Christ (monénergisme), pour avancer la thèse de deux natures partageant une seule opération. Bien que cette thèse jette un pont entre le dogme de Chalcédoine et le monophysisme, elle est aussitôt contestée de toutes parts. Le pape Honorius lui-même émet des réserves et affirme, en revanche, l’unité de volonté dans le Christ. Serge consent à remplacer le monénergisme par le monothélisme. Cette doctrine inspire l’édit qu’Héraclius promulgue sous le nom d’Ecthèse et fait afficher dans le narthex de Sainte-Sophie (638). Mais l’Ecthèse est bientôt rejetée par toutes les parties, y compris par les successeurs du pape Honorius. En accord avec Rome, l’empereur Constantin IV convoque à Constantinople un sixième concile oecuménique (680-681), qui condamne le monothélisme et érige en dogme la doctrine des deux énergies et des deux volontés.

L’iconoclasme. La prise de position de l’empereur Léon III contre le culte des images va déclencher la grande crise iconoclaste du VIIIe siècle. C’est sous Constantin V que la querelle des images atteint son point culminant. Constantin voit une pleine identité, et même une consubstantialité entre l’image et la chose représentée. Influencé par le monophysisme, il s’insurge contre la figuration du Christ, il invoque sa nature divine pour nier la possibilité de sa représentation. En 754, il réunit un synode qui prescrit la destruction de toutes les images religieuses et menace les partisans des images. C’est sous la régence d’Irène que la querelle s’apaise. Le septième concile oecuménique de Nicée (787) - le dernier reconnu par l’Eglise orientale - condamne l’iconoclasme comme hérésie, ordonne de détruire les écrits iconoclastes et rétablit la vénération des images.

Le Filioque. Photius, patriarche de Constantinople, se fait le champion de l’autonomie de l’Eglise byzantine. L’empereur Michel III se met à sa remorque ; sous forme d’ultimatum, il exige du pape le retrait de la condamnation portée contre Photius et des prétentions de Rome à la suprématie. Le patriarche fait un pas de plus : il se pose en juge de l’Eglise occidentale en lui reprochant ses erreurs, et surtout sa doctrine de la procession du Saint-Esprit du Père et du Fils (ex patre filioque procedit). Un concile réuni à Constantinople (867) excommunie le pape Nicolas Ier, rejette comme hérétique la doctrine romaine de la procession du Saint-Esprit et déclare irrégulières les interventions de Rome dans les affaires de l’Eglise byzantine.

Le grand schisme de 1054. Une ambassade papale conduite par le cardinal Humbert, champion du courant antibyzantin intransigeant de Rome, arrive à Constantinople. Le 16 juillet 1054, elle dépose sur l’autel de Sainte-Sophie une bulle d’excommunication contre le patriarche Michel Cérulaire. Celui-ci, avec l’assentiment de l’empereur Constantin IX Monomaque, rassemble aussitôt un synode qui prononce l’excommunication contre les légats romains. Personne ne peut alors imaginer que cette brouille aura plus de conséquence que toutes celles qui ont précédé, que cette rupture est décisive et que rien ne pourra y remédier.

L’hésychasme. Au XIVe siècle le mont Athos, fameux lieu saint de l’orthodoxie byzantine, devient le foyer du mouvement hésychaste. Les hésychastes ont pour idéal la vision de la lumière divine, celle que les témoins de la Transfiguration du Christ ont pu voir sur le mont Thabor. Pour se trouver enveloppé de cette lumière, l’hésychaste, dans une retraite solitaire et une position repliée, menton calé sur la poitrine et regard arrêté sur le nombril, doit retenir son souffle chaque fois qu’il prononce la prière « Seigneur Jésus-Christ, Fils de Dieu, sois-moi propice ». La question de l’éternelle visibilité de la lumière divine donne lieu à une longue controverse. Si l’on admet l’existence d’une lumière éternelle, elle ne peut être que Dieu lui-même, qui seul est éternel et immuable ; mais alors il est impossible de percevoir cette lumière, puisque Dieu est invisible. A quoi l’hésychaste réplique par sa distinction entre la substance divine transcendante et les énergies divines qui opèrent dans le monde et se manifestent à nous, et qui ne sont pas des créatures mais des opérations éternelles de Dieu. Rejetée par Rome, cette doctrine est canonisée par Constantinople (1351) sous le règne de Jean VI Cantacuzène, un usurpateur dont la montée sur le trône impérial consacre la victoire du mouvement hésychaste.

Article paru dans le bulletin de l'ASA d'avril 2011

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